Détails :

Année : 2002 -  Durée : 13'

Texte : Sur douze poèmes de Saint Jean de la Croix

Effectif : Ensemble vocal à huit voix

Details : Commande de l'Office départemental d'Action Culturelle de
Haute-Savoie
Création le 28 juin 2003 à la Chartreuse de Mélan (Taninges)
par les solistes du Choeur Départemental dirigés par Bernard
Spizzi


Edition : Alphonse Leduc

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En la Noche dichosa

Notice :

Douze poèmes de Saint-Jean de la Croix (Espagnol)

En la noche dichosa
En secreto, que nadie me veía,
Ni yo miraba cosa,
Sin otra luz y guía
Sino la que el corazón ardía.

La blanca palomica
El arca con el ramo se ha tornado,
Y ya la tortolica
Al socio deseado
En las riberas verdes ha hallado

A escuras, y segura,
Por la secreta escala disfrazada,
 Oh dichosa ventura !
A escuras, y en celada
Estando ya mi casa sosegada

Pastores los que fuerdes
Allá por la majadas al otero,
Si por ventura vierdes
Aquel que yo más quiero,
Decilde que adolezco, peno y muero.

¿ Por qué, pues has llagado
A queste corazón, no le sanaste ?
Y, pues me le has robado,
¿ Por qué así le dejaste,
Y no tomas el robo que robaste ?

 Oh bosques y espesuras
Plantadas por la mano del Amado !
 Oh prado de verduras
De flores esmaltado !
Decid si por vosotros ha pasado.

 Oh llama de amor viva,
Que tiernamente hieres
De mi alma en el más profundo centro !
Pues ya no eres esquiva,
Acaba ya, si quieres ;
Rompe la tela deste dulce encuentro.

Detente, cierzo muerto ;
Ven, austro, que recuerdas los amores,
Aspira por mi huerto
Y corran sus olores,
Y pacerá el Amado entre las flores.

Mas ¿ Cómo perseveras,
 Oh vida ! No viviendo donde vives
Y haciendo porque mueras
Las flechas que recibes
De lo que del Amado en ti concibes ?

Gocémonos, Amado,
Y vámonos a ver en tu hermosura
Al monte y al collado,
Do mana el agua pura ;
Entremos más adentro en la espesura.

La noche sosegada
En par de los levantes de la aurora,
La música callada,
La soledad sonora,
La cena que recrea y enamora.

Quedéme y olvidéme,
El rostro recliné sobre el Amado,
Cesó todo, y dejéme,
Dejando mi cuidado
Entre las azucenas olvidado.

L'oeuvre

EXTRAITS D’UN ENTRETIEN AVEC BENEDICTE BORINGE

La commande m’a été proposée par Bernard Spizzi pour le compte du Conseil Général de la Haute-Savoie.
L’objet de la commande était d’accompagner une exposition de douze tapisseries de Manessier, inspirées
par des poèmes de Saint Jean de la Croix. L’idée m’a plu car j’aime l’oeuvre de Manessier et je trouvais
intéressant de composer une oeuvre qui serait en quelque sorte parallèle à sa création picturale.
Manessier avait utilisé la traduction que le Père Cyprien de la Nativité de la Vierge avait faite en 1641. J’ai
préféré mettre en musique le texte original, en Espagnol.

Je n’ai évidemment pas cherché de correspondances avec l’oeuvre de Manessier : notre source d’inspiration,
les textes de Saint Jean de la Croix, étant la même, c’est sur ce plan que se fait la rencontre entre son oeuvre
et la mienne : correspondances plus subtiles, qui sont dans une communion d’idées, dans une intelligence
du texte.

De même, je n’essaie pas de rendre compte d’un folklore hispanisant… En revanche, lorsque j’écrivais
l’oeuvre, je suis allée plusieurs fois au Louvre regarder la peinture espagnole, en particulier Zurbaran, chez
lequel je sentais une grande similitude spirituelle avec les textes que j’étais en train de mettre en musique.

A propos de la religion, on m’a posé cette question également lorsque j’ai écrit La Messe pour la Paix . Je ne
suis pas croyante, je ne suis plus croyante, j’ai été élevée dans la religion catholique, j’ai été très croyante
lorsque j’étais jeune. Et puis, c’est une chose qui m’a quittée. Mais j’ai gardé une affection pour cette
religion dans laquelle j’ai grandi, j’aime aller à la messe de temps en temps, j’aime l’ambiance des églises.
C’est, au fond, comme une nostalgie de l’enfance.
Ce que j’admire, chez l’être humain, c’est l’exigence spirituelle. On la trouve là, précisément, dans les
textes de Saint Jean de la Croix.
Ses poèmes sont portés par le souffle d’un énorme amour, un amour-passion. Ils évoquent la recherche
d’une rédemption par l’amour- et j’ajouterai, quel que soit cet amour : l’amour pour un enfant, l’amour
pour un Dieu, l’amour pour ses semblables-. C’est cela qui me touche dans ces textes. J’aime les textes qui
ne vieillissent pas parce que, textes essentiels dans ce qu’ils expriment, ils rendent compte de l’humain.

La formation –un choeur de huit voix a capella s’est imposée à moi à la lecture des textes. J’avais envie
d’une musique dépouillée. J’ai pensé à Palestrina.

Je travaille beaucoup. J’ai l’impression d’être un peu comme un sculpteur qui est devant une pierre et va
peu à peu la dégrossir, et se rapproche de plus en plus de l’objet final.

Je pensais adopter une forme « en arche » rigoureuse. Au fur et à mesure que j’avançais dans l’écriture, une
forme plus souple s’est imposée, établissant entre les différents morceaux des relations moins rigides que
dans la symétrie parfaite que j’avais imaginée au premier abord. Ainsi, comme toujours lorsque je compose
sur un texte, une forme purement musicale s’est construite, indépendamment du texte. Il y a beaucoup de
passerelles, mais le texte ne commande pas tout. Pour que l’oeuvre tienne le coup dans l’espace-temps, il
faut qu’elle soit construite musicalement. C’est une architecture du temps. Il faut avoir une très forte
conscience de l’organisation du temps musical. J’ai toujours peur que l’oeuvre sombre dans une
monotonie. C’est pourquoi j’accorde tant d’importance à une « dramatisation » du temps musical. Je
conçois ma musique comme du théâtre. En cela je pense que je m’inscris dans une lignée de compositeurs
dans laquelle on rencontre Monteverdi, Beethoven, ou Berg…